Ceux qui dédaignent les amours ont tort

Ma vie va bien. Je suis très heureux. Des fois, je me dis que j'ai de la chance, que j'ai tout, que la vie me sourit. J'essaye de me convaincre que c'est dû à mes choix, à ceux que j'ai élaboré pour me construire, pour bâtir mon existence. J'ai toujours été patient, j'ai toujours su que, pour profiter de la vie, il fallait prendre son temps. Encaisser les coups, éprouver toute sensation avec intensité - les meilleures et les pires - tout en ayant une philosophie pour se repérer, des aspirations au bonheur pour avancer. Et, pour l'instant, mes choix sont les bons. Si je suis heureux, c'est parce que j'aime vivre, passionnément. Je m'entoure des êtres et des choses qui m'apportent l'Amour et la Beauté. Quand ça ne va pas, je me mets en position d'attente, j'essaye de recueillir le nectar en toute chose. Parfois avec violence, - mais cette page fait partie d'un passé lointain. Parti avec la rage au ventre, je me suis évertué à transformer cette énergie, sans me renier totalement.  J'ai voulu m'écorcher la peau aux tessons de la vie, comme je l'écrivais à une époque. Je ne regrette rien, même mes excès.

La Mort vient vite et les sentiers sont courts... C'est pourquoi il faut aimer la vie et sa difficulté.

Avec Adie, c'est le grand amour. Des fois, ça nous laisse pantois, grisés par le bien-être. Nous avons aussi des attractions en commun, au-delà de notre amour de nous-mêmes (l"amour est bien souvent égocentrique, égoïste, - mais pas seulement, heureusement) : le cinéma et les films, par exemple, la littérature, le goût du voyage.

Matériellement,avec mon nouveau boulot, tout est envisageable, les voyages, la culture, le confort : je n'ai pas le goût des grandeurs. Cette sérénité aussi, je l'ai attendue patiemment. Je savais qu'un jour je serai calmé, assagi et confortablement posé. Ce jour est venu mais, avant cette étape, j'ai vécu ma petite vie de bohème, j'ai expérimenté ce que je voulais expérimenter. Et ce n'est pas fini. On ne peut apprécier que ce qui nous a tout d'abord manqué. C'est une question d'intensité et de désir.

Lorsque j'aurais des enfants, je pense leur transmettre ce goût de la progressivité, de la lente acquisition de sa propre destinée. J'aurais des beautés à leur faire connaitre, des sensations qui démultiplieront leur existence. Parce que celle que l'on a, stricto sensu, est bien trop courte. En vieillissant, je réfléchis de plus en plus à ce processus de transmission. J'hésite entre mon goût du partage et le sentiment que c'est sans doute illusoire. J'écris, je lis, je visionne, j'étreins et j'écoute.

Je me prépare pour le nouveau chapitre de mon roman personnel, qui en compte déjà trois (l'enfance, l'adolescence, la jeunesse - quoi de plus banal ?). J'aimerais pouvoir vivre deux ou trois cents ans. Mais, là dessus, je n'ai aucune emprise.

17.1.10 00:59


Chungking express (1994) - Wong Kar-Wai

La plupart du temps, quand ma flemme légendaire me laisse tranquille, j'aime écrire sur des films qui m'ont plu. Cette fois-ci, ce ne sera pas le cas. Avec WKW on est partis du mauvais pied tous les deux. Je n'ai pas du tout aimé le tout premier film que j'ai vu de lui : In the mood for love. Je dois être un des seuls à ne pas avoir succombé à cette œuvre branchouille agaçante. J'y ai vu, à l'époque, beaucoup trop de malice et d'artifice pour éprouver autre chose que le sentiment d'une duperie. Pourtant, si j'en crois le recensement blogosphérique des films de la décennie (auquel j'ai participé ceci dit), In the mood for love a droit aux faveurs de mes collègues. C'est que, peut-être, j'ai du passer à côté de quelque chose. Alors, pour m'en convaincre, je me suis lancé à l'assaut de Chungking express. Si ce film m'a plus ennuyé qu'agacé, je reconnais que WKW sait filmer.

Sans m'appesantir sur le scénario, Chungking express est un film sur deux policiers au cœur brisé, entêtés par la disparition de leur amour ; paumés, rêveurs, ils déambulent dans Hong-Kong et croisent, sur leur route, une femme dont ils vont tomber amoureux. L'histoire de matricule 223 et de matricule 663 ne ressemble pas à une romance fantasmée. Personnages plutôt ordinaires, ils aimeraient sortir de leur quotidien par la grande porte du sublime.

Dans la première partie de son film, WKW nous gratifie d'une photo assez sombre, très peu contrastée, et multiplie les effets (des scènes filmées au ralenti et accélérées ensuite, un montage nerveux), avec des sources d'éclairages naturels, qui créent une atmosphère urbaine poétique. Malheureusement, il est agaçant au possible avec son utilisation de la bande-son (un péché mignon chez ce réalisateur apparemment puisque c'est la deuxième fois qu'il me gonfle avec ses thèmes qui reviennent toutes les 2 à 5 minutes).

Matricule 223 donc, n'arrive pas à oublier May, qui l'a quitté après 5 années de vie commune. Il bâtit des châteaux de carte, s'imagine qu'elle reviendra peut-être, achète des boîtes d'ananas en conserve - avec une date de péremption précise - et décide, un soir, de tomber amoureux de la première femme qui entrera dans le bar. Elle entre, ils discutent, le grand amour ? Pas précisément.

Cette jeune femme plus âgée que lui est mystérieuse. Habillée d'un imper, d'une probable perruque et portant des lunettes noires dans un Hong-Kong obscur, grouillant, des bas-fonds, on la voit trafiquer avec des immigrés indiens (m'a-t-il semblé ). Elle les charge comme des mules, les conduit à l'aéroport et... se fait planter là. Dure à cuir, elle met son petit calibre dans son sac à main et part se venger. Suite à ça, poursuivie par les habitants des bouges nocturnes, elle atterrit, épuisée, dans le bar où l'attend matricule 223.

Dans la seconde partie, beaucoup moins vespérale, la mise en scène de WKW s'assagit quelque peu. Il bassine la bobine de ses sempiternelles ritournelles (cette fois, c'est California dreamin' qui tourne en boucle), mais fait preuve de moins de créativité formelle. Et ce n'est pas, étrangement, une critique négative. Avec une économie de moyens subtile, on peut faire de grandes choses.

Les deux parties sont bien tuilées l'une à l'autre, matricule 223 effleure May, une serveuse de restauration rapide, juste avant l'entrée en scène de matricule 663. C'est parti pour une autre romance.

La nouvelle âme en peine s'est fait larguer par une hôtesse de l'air, qui l'a sans doute considéré comme une simple escale dans son plan de vol, mais il essaye de prendre la vie du bon côté. Il s'arrête régulièrement manger sa salade du chef, discuter avec le patron et, quand il rentre le soir chez lui, il socialise avec ses peluches. C'est un grand bavard, il a plein de choses à leur raconter.

A force de venir manger sa petite salade, il finit par se faire remarquer par la nouvelle serveuse, celle que matricule 223 a bousculé pour faire la transition entre les deux histoires. May, donc, s'intéresse tellement au policier herbivore, qu'elle finit par obtenir son adresse et s'introduire chez lui faire plein de trucs bizarres, comme lui redécorer son petit intérieur, donner à manger à ses poissons... Le manège dure un moment, mais pas toujours. Imprudente, elle finit par se faire griller. Là, notre ami se dit que c'est du tout cuit et que sa chance de grand amour, elle est peut-être juste sous son nez, pourvu qu'il arrête deux secondes de s'intéresser à ses peluches. Le grand amour ? Ben, pas précisément. Ou peut-être que si.

Au final, c'est intéressant comme cinéma, je dis pas. Mais ça m'en touche une sans secouer l'autre comme disait le Président. Je vois les intentions, je devine la mise en scène, et puis la répétition n'est pas toujours un gage de réussite. Dans Le mépris, ça fonctionne, dans In the mood for love, ça passe, mais 15 fois la même chanson de reggae et 35 fois California dreamin' au bout d'un moment je craque, je m'aperçois des longueurs interminables du film et je m'ennuie vaguement. Du coup je prends mes distances et je me moque. N'est pas Godard qui veut. C'est un film de jeunesse, certes, mais je trouve que les défauts sont ensuite amplifiés : dans ITMFL, on assiste à force ralentis, sur la répétitive (et néanmoins très belle) musique pour cordes. L'esthétique de la mise en scène ne prend plus aucun risque et repose sur un défilé de robes, une scène éternellement filmée et refilmée (la popote qui bouille, la montée des marches et oh surprise, les couleurs de la robe qui changent), une histoire d'amour harlequino-exotique, bref des gimmicks de séducteur, d'une personne qui pense à son public avant de penser à son œuvre, à ce qu'il a envie de filmer, et de quelle manière, etc. Un excellent réalisateur commencerait sans doute par copier ses inspirations et finirait par les dépasser en créant son propre univers, son style, ses thèmes. Je n'ai pas l'impression que WKW ait suivi cette voie. Mais ce n'est pas grave, son cinéma parvient à ses fins : il séduit et seuls quelques récalcitrants là-bas, au fond de la salle, continuent leurs pitreries et restent avares de réceptacles à ses phéromones cinématographiques.

15.1.10 23:27


Les films de la décennie (la première du 21ème siècle !)

1. Mulholland drive de David Lynch

2. Elephant de Gus Van Sant

3. L'Echange de Clint Eastwood

4. There will be blood de Paul Thomas Anderson

5. Tetro de Francis Ford Coppola

6. No country for old man des frères Coen

7. Million Dollar Baby de Clint Eastwood

8. A history of violence de David Cronenberg

9. Dogville de Lars Von Trier

10. Parle avec elle de Pedro Almodovar

 

Premier constat : ce ne fut pas une décennie exceptionnelle, cinématographiquement parlant. Je n'ai eu aucune difficulté à classer ces dix films, mais aller au-delà m'aurait demandé un véritable effort de concentration. 

Deuxième constat : cette liste est sans grande surprise, on n'y retrouve que de grands noms du cinéma contemporain, pas vraiment de nouveaux venus (j'adore La belle personne de Honoré, mais il ne peut figurer au panthéon des meilleurs films de la décade). De plus, ce sont les réalisateurs que j'apprécie le plus (je connais par cœur la filmographie de Cronenberg par exemple). Une seule exception, notable, le film de Paul Thomas Anderson, au grand souffle épique, qui est incontestablement un des films les plus marquants de la décennie.

Troisième constat : Clint Eastwood aura marqué la décennie de son empreinte, accédant au statut de figure emblématique du cinéma et de réalisateur émérite. Gran Torino ne figure pas au palmarès, mais de justesse. Il a donc réalisé pas moins de 3 films exceptionnels et inoubliables en 10 ans.

Dernier constat : encore une fois, pas un seul film français dans mon classement. Pourtant il y eut du très bon (Séraphine, La belle personne...). A croire que je suis très attaché au cinéma américain. Nation de contrastes (elle a produit W pendant la période) qui nourrit à la fois une culture populaire abêtissante et les meilleurs talents.

 

Voici, sinon, les autres films que je retiens de la décennie, en vrac : Man on the Moon de Milos Forman, Memories of murder de Bong Joon-Ho, Loin du Paradis de Todd Haynes, Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa, Gran Torino de Clint Eastwood, Séraphine de Martin Provost, Yi-Yi de Edward Yang, Turning Gate de Hong Sang-Soo, Kill Bill de Quentin Tarantino, La belle personne de Christophe Honoré, Eurêka de Shinji Aoyama, Ken Park de Larry Clark...

2.1.10 23:47


Les meilleurs films de l'année 2009

1. Tetro de Francis Ford Coppola

2.  Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa

3. Idiots and Angels de Bill Plympton

4. The Wrestler de Darren Aronofsky

5. Gran Torino de Clint Eastwood

6. Un Prophète de Jacques Audiard

7. Le ruban blanc de Michael Haneke

8. The Chaser de Na Hong-Jin

9. Vengeance de Johnnie To

10. A l'origine de Xavier Giannoli

Beaucoup de cinéma cette année (près de 50 films). Bonne année, notamment pour le cinéma français. Au rang des films marquants, parmi ceux que j'ai vus, je pense que Tetro, The Wrestler et Gran Torino resteront. 

Tetro a été accueilli tièdement par la critique, qui encense les films tièdes d'excellents cinéastes ayant vécus (en général), ou qui porte aux nues leurs petites œuvres sympathiques mais sans plus - quand elle ne descend pas les mêmes. C'est un film brillant, qui bénéficie d'une mise en scène très belle, inventive, risquée, et qui semble tout droit sortie de l'imaginaire et de la fougue d'un jeune cinéaste. Il n'en est rien bien sûr puisque c'est Coppola, un "jeune" cinéaste de 70 ans qui le réalise. C'est l'un des seuls films qui m'a secoué à la sortie de la salle et pour un bon moment. Les images restent en tête longtemps, notamment les flash-backs dansés et on se dit que c'est LE grand film de cette année (malgré la performance particulière de Vincent Gallo).

Tokyo Sonata a perdu sa place de n°1 au dernier moment. Il a même failli bénéficier du prix de la mise en scène si Tetro n'était pas venu le coiffer au poteau de si belle manière. J'ai classé, pour la première fois de ma vie sans doute, un film d'animation dans les trois premiers de mon classement. Idiots and Angels, à qui j'ai consacré une note, est une merveille poétique. La bonne surprise de 2009.

The Wrestler, d'un cinéaste que je n'aime pas du tout, m'a également séduit - j'étais un des seuls parmi mes ami-e-s. Des mois après, je l'ai encore à l'esprit. Quand Aronofsky joue la carte de l'épure (et même s'il n'évite pas certains écueils), on voit qu'il sait faire du cinéma. C'est sans doute l'histoire la plus touchante de 2009, pour moi, et la mise en abime entre l'acteur et son personnage est très réussie. Je suis certain, à contre-courant, que cette histoire atypique et juste restera dans l'histoire du cinéma - non au rang des chefs-d'œuvre mais des petits films intimistes à l'émotion réussie.

Gran Torino, bien sûr. Une évidence. Eastwood se bonifie avec l'âge et son cinéma atteint la marche suprême, intouchable et objet de controverses. Ici la mise en abime est simplement vertigineuse, Clint se permet toutes les bassesses et remises en questions envers Eastwood. Sans doute le film qui m'a le plus renvoyé à mon rapport au cinéma, au travers d'une de ses figures marquantes, mythologiques. Du grand art (avec de belles ficelles, c'est vrai mais son cinéma n'a jamais été subtil, plutôt populaire et de qualité ).

Un Prophète est le premier projet ambitieux grand public du cinéma français, à ma connaissance. Il est destiné à une carrière internationale et ouverte à tous. Pour une fois, le cinéma français fait une incursion du côté du cinéma américain, de l'entertainment de qualité - et la réussite est au rendez-vous : que demander de plus ?

Et en vrac : Haneke essaye de gagner ses gallons de grand classique, de cinéaste avec la majuscule. Malgré un vrai résultat formel et une réflexion sur la violence toujours passionnante, je préfère quand il réalise des films cheaps et atypiques. The Chaser est un film asiatique de serial-killer, genre dans lequel la Corée excelle (Memories of Murder s'il ne fallait en citer qu'un). Vraiment très très bon mais qui ne révolutionne pas le genre. Vengeance est sans doute un choix étonnant - Johnny Halliday est pas vraiment bon, c'est un euphémisme - mais deux ou trois scènes sont d'une beauté et d'une virtuosité à couper le souffler. Rien que pour ça, ce film mérite de figurer dans mon top ten. Et je finis par un très bon film français, A l'origine, avec François Cluzet, ou un analyse tendue de la nature humaine dans ses recoins les plus complexes.

Film formellement très beau mais au propos bien trop ambigu : Antéchrist de Lars Von Trier (j'attends mieux de l'un de mes cinéastes favoris).

Film virtuose qui ne m'a pas touché - et pour lequel je n'ai absolument rien compris au propos : Les herbes folles de Resnais (so french, so smart but so boring).

Le blockbuster qui mérite largement de figurer dans mon top ten et même que je le mets à la place du Gioannoli si j'écoute mon âme d'enfant qui lisait et relisait des comics : The Watchmen de Zack Snyder (j'avais adoré la BD d'Alan Moore, le film est fidèle et même inventif - il prend une ou deux libertés bienvenues). Vraiment un excellent blockbuster, avec des moyens, des effets spéciaux, mais qui reste un projet exigeant et qui ne plaira pas à tous les publics justement.

Film le plus largement surestimé cette année : Inglorious Basterds de Tarantino. Après une ouverture sensationnelle, Tarantino semble hésiter entre son âme de petit enfant et ses qualités de cinéaste. Résultat : un film mi-figue mi-raisin, qui souffre de parties inégales et d'une interprétation relativement mauvaise. J'avais préféré son film anodin, et qui se voulait comme tel : Boulevard de la mort. Là, avec plus d'ambition, Tarantino se plante.

Prix de la bouse de l'année : Good Morning England, caricatural à souhait, prévisible, bête et moche. Pour une fois, j'ai failli sortir d'une salle de cinéma, c'est dire ! Ah, j'oubliais un qualificatif : complètement démago !

Film qui aurait du figurer dans mon top 10 l'année dernière si je ne l'avais vu en 2009 : Séraphine de Martin Provost. Ce film est un bijou et, si on prend en compte cette année de cinéma, il se passe sans doute quelque chose dans l'hexagone qu'il va falloir surveiller. Cocorico.

Parce que l'art - et donc le cinéma - c'est aussi de la politique : Welcome de Philippe Lioret !

Meilleures adaptations de très bons bouquins lus cette année : La route et Dans la brume électrique.

Le film que je voulais vraiment voir mais que mon cinéma n'a pas diffusé (honte à lui) : Mary & Max.

Meilleurs weblogs français de cinéma, je les lis régulièrement : Nightswimming , Dr Orlof et Inisfree .

Films mis en avant par ces collègues cinéphiles que je me dois de regarder rapidement : Bellamy de Chabrol et L'armée du crime de Guédiguian.

2.1.10 12:51


Casa s'embourgeoise

Je m'embourgeoise. Me voilà installé dans un patelin de moins de 30.000 âmes (vieillissantes qui plus est) ; je suis locataire d'un grand F3, pacsé, et cadre débutant dans la fonction publique d'État. Pour la première fois de ma vie, mon salaire est en accord avec mes diplômes, je vais palper.

Mon grand plaisir, en ce moment, c'est d'imaginer les meubles que je vais acheter, l'appartement que je vais décorer. J'aménage mon chez-moi et cet excès de matérialisme, de consumérisme (bien nécessaire tout de même : à bientôt 32 ans, je n'ai même pas un lit !), me rend heureux. Ce n'est pas encore le grand confort vu que j'ai vécu 5 jours sans électricité et que je n'ai toujours pas le gaz, mais c'est en bonne voie. Je suis sans doute en train de passer une étape, un truc tout banal : je me stabilise, je passe aux responsabilités.

Professionnellement, je suis en observation. Je ne comprends rien à ce que je suis sensé gérer, les moyens et la logistique d'une administration d'État, je commets déjà quelques maladresses. Mais je sens que je vais me plaire dans cette carrière-là. Le nœud gordien, on nous l'a assez répété, c'est le management. Et, je le sais déjà, je ne suis pas forcément carré dans ce domaine, j'agis avec mon feeling, je fais confiance aux agents qui m'entourent. Eux, au moins, ils en connaissent un rayon. D'un autre côté, j'ai été bien accueilli, la structure dans laquelle je bosse n'est pas énorme et il est possible de comprendre les choses rapidement, dans leur ensemble, leur globalité. Connaitre le fonctionnement de l'État français, c'est tout de même une chance pour celui qui s'intéresse au monde dans lequel il vit. Surtout dans cette période où, j'en ai l'impression, les débats d'idées vont à nouveau refleurir. La puissance publique, on le redécouvre, à son mot à dire dans la marche du monde.

On parle de régulation, d'encadrement, de croissance soutenable, de développement durable. Et tout l'enjeu consiste à découvrir si, effectivement, nous avons les moyens de construire un avenir différent avec un idéal rénové. Mon côté dialecticien, optimiste, me dit que oui nous allons dépasser ce stade (nous avons les moyens intellectuels de bâtir autre chose qu'une aberration individualiste et cupide).

J'ai toujours pensé que l'économie était une force globalisante, centrifuge, qui avait au moins le mérite de relier les hommes entre eux pour, à terme, rendre chacun dépendant de l'autre. Le 20ème siècle a montré quelles étaient les limites de ce système qui privilégiait finalement plus la création des richesses que leur redistribution équitable, et la consommation irresponsable que la satisfaction de l'ensemble des besoins humains. Alors oui, la crise est une démonstration de plus. Mais elle éclate à l'ère du cybermonde. Il y a derrière cet événement la formation d'une opinion mondiale, de réseaux de pensée qui peuvent diffuser leur message à une vitesse vertigineuse. Tout redevient possible.

Ce discours manque sans doute de pudeur, mais c'est l'enthousiasme qui le motive. J'anticipe tellement les événements (à tort ou à raison) que j'aimerais me retrouver dans l'avenir, lorsque le véritable enjeu sera de déjouer l'aliénation, de trouver un sens à la vie individuelle et sociale en recherchant du côté de l'Amour et de la Beauté. Je voudrais savoir si, comme l'écrivait si joliment un ami du sensationnel, un soir de fête de la musique : la poésie vaincra le monde !

4.9.09 23:52


Neil Young

Don't let it bring you down (live 71)

Heart of Gold (live 71)

Old Man (live 71)

 

22.8.09 19:15


Charles Cros - Rendez-vous

Ma belle amie est morte,
Et voilà qu'on la porte
En terre, ce matin,
En souliers de satin.

Elle dort toute blanche,
En robe de dimanche,
Dans son cercueil ouvert
Malgré le vent d'hiver.

Creuse, fossoyeur, creuse
À ma belle amoureuse
Un tombeau bien profond,
Avec ma place au fond.

Avant que la nuit tombe
Ne ferme pas la tombe ;
Car elle m'avait dit
De venir cette nuit,

De venir dans sa chambre :
« Par ces nuits de décembre,
Seule, en mon lit étroit,
Sans toi, j'ai toujours froid. »


Mais, par une aube grise,
Son frère l'a surprise
Nue et sur mes genoux.
Il m'a dit : « Battons-nous.

Que je te tue. Ensuite
Je tuerai la petite. »
C'est moi qui, m'en gardant,
L'ai tué, cependant.

Sa peine fut si forte
Qu'hier elle en est morte.
Mais, comme elle m'a dit,
Elle m'attend au lit.


Au lit que tu sais faire,
Fossoyeur, dans la terre.
Et, dans ce lit étroit,
Seule, elle aurait trop froid.

J'irai coucher près d'elle,
Comme un amant fidèle,
Pendant toute la nuit
Qui jamais ne finit.
21.8.09 15:39


Chapitre III

Je suis à l'orée d'une vie nouvelle. Bientôt, j'écrirai un troisième chapitre sur ces pages, celui de l'embourgeoisement et de la sagesse (une contradiction ?). Je pourrai à nouveau regarder en arrière et jeter un œil serein sur mes aventures, qui ont pu paraître mouvementées à certains moments mais qui semblent s'acheminer tranquillement vers une happy-end. J'ai l'impression que la partie la plus intéressante de ma vie, la plus littéraire, est en train de s'achever.  Je vais démarrer ma carrière au service de la fonction publique et de l'État, dans une petite ville de province. J'ai passé deux jours sur place dernièrement, le temps de trouver, pour A. et pour moi, un logement. Et quel logement ! Pour la première fois de ma vie, je vais baigner dans le confort. Nous allons donc disposer d'un appartement superbe, entièrement refait à neuf, avec de très belles surfaces, correspondant à nos rêves. Jamais ne j'aurai imaginé pouvoir vivre aussi rapidement dans un tel lieu - j'ai pour habitude de prendre mon temps pour profiter pleinement de ce que la vie peut m'apporter.

Dans ce nouveau chapitre que je compte écrire, je verrai bien si, comme me l'a indiqué le directeur de l'IRA, je ne risque pas les mêmes désillusions que les personnages de C'eravamo tanto amati de Scola, mais je pense pouvoir éviter cet écueil : mes écrits ne reflètent pas toujours la part de réalisme qui est en moi et le recul que je peux prendre avec la théorie et les rêves. J'ai toujours eu conscience de n'avoir qu'une vie et de devoir accommoder mes exigences avec le réel. Ce qui ne m'empêche pas de continuer à vouloir explorer la sensation sous toutes ses formes, les meilleures - et les moins violentes avec le temps qui passe, certes, mais ces formes ont déjà été expérimentées lorsque la jeunesse m'était favorable.

Dans quelques semaines, donc, je serai installé, j'aurai encore déménagé et j'assumerai les potentialités d'un environnement renouvelé. Pour l'heure, je n'ai pas de temps et je dois me contenter de ces quelques mots - l'envie d'écrire est en ce moment très forte et j'aimerais pouvoir mieux l'assouvir. 

20.8.09 00:18


Charles Cros - Elle s'est endormie un soir

Elle s’est endormie un soir, croisant ses bras,
Ses bras souples et blancs sur sa poitrine frêle,
Et fermant pour toujours ses yeux clairs, déjà las
De regarder ce monde, exil trop lourd pour Elle.

Elle vivait de fleurs, de rêves, d’idéal,
Âme, incarnation de la Ville éternelle.
Lentement étouffée, et d’un semblable mal,
La splendeur de Paris s’est éteinte avec Elle.

Et pendant que son corps attend pâle et glacé
La résurrection de sa beauté charnelle,
Dans ce monde où, royale et douce, Elle a passé,
Nous ne pouvons rester qu’en nous souvenant d’Elle.
15.8.09 15:13


Un mot avant le départ

J'ai bien failli partir aux États-Unis cette année, avec A. On avait tout planifié, le billet était acheté depuis le mois de mars. Et puis, pour une fois, j'ai merdé, complètement. J'ai oublié de faire faire mon passeport biométrique. Pour quelqu'un qui a fait son stage en préfecture, c'est bien un comble ! En philosophe des signes et de la vie, je me suis dit que cet acte manqué n'était pas du au hasard. Je ne devais pas aller sur la côte ouest, visiter la Californie et traverser quatre États. J'ai peut-être échappé au crash de l'avion, ou à une mauvaise expérience. L'équivalent d'un salaire minimum est parti dans cette mésaventure... En fait, au-delà de l'argent, dont je me fous, je suis déçu de ma bêtise et d'avoir gâché ce beau projet pour A.

Du coup, j'ai changé nos plans et nous partons mardi prochain pour l'Europe de l'est, mon grand amour. Une première étape nous mènera à Milan, puis Venise, Ljubljana, Zagreb, Zadar, Split et Dubrovnik. Un grand voyage de quelques milliers de kilomètres, en voiture, qui nous procurera, j'en suis sûr, de très belles sensations. Je me suis inscrit, avec A., sur le site couchsurfing.com qu'il faut absolument connaitre si on a envie de voyager autrement, en faisant des rencontres et en vivant au jour le jour, à l'aventure ! Fort de notre itinéraire, nous avons contacté des centaines de personnes et nous nous préparons à vivre de très belles vacances : les projets improvisés sont déjà en train de fleurir. A Milan, notre hôte se propose de nous faire rencontrer d'autres surfers (le nom que portent les utilisateurs du service de couchsurfing) lors d'une soirée surprise ; à Split, on nous a proposé de participer à un événement de couchsurfing, soit la descente de la rivière Omis en rafting, avec des jeunes venus de l'Europe entière, etc. Bien utilisé, le net ne vend pas du rêve, il en procure solidairement. Si j'utilise le service aujourd'hui, je rendrai la balle un autre jour et ce sera à moi d'héberger la jeunesse du monde entier (pas que la jeunesse d'ailleurs).

Sinon, à la rentrée de septembre, je m'installe avec A., en attendant de repartir en vacances l'année prochaine. Je dois maintenant surveiller mes propos et donner le moins d'éléments possibles sur mon quotidien, mon identité, ce genre de conneries (l'anonymat à l'heure d'internet, j'y crois de moins en moins - même si ça ne me fait peur qu'à moitié ). Je déteste cet exercice. J'aimerais pouvoir parler plus librement. Le problème c'est que la publication me donne l'envie d'écrire. Lorsque mes notes sont protégées, je ne ressens pas le même besoin, la même faim. En bref, nous nous installerons dans une petite ville de France, plutôt charmante mais pas très culturellement attractive. D'un autre côté, à l'heure d'internet, il ne manque que des spectacles vivants pour boucler la boucle et satisfaire mes pulsions de cultureux. Une grande ville m'ouvre les bras, à quelque distance de là...

Ah, j'ai aussi une bonne nouvelle dans mon escarcelle : me voici pacsé avec la plus belle et la plus douce des créatures que l'on puisse rêver de connaître. Ma bonne étoile, certes paresseuse et d'une grande lenteur, n'en finit plus de briller au-dessus de ma petite tête de bienheureux.

26.7.09 00:59


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